Manipulations : désensibiliser plutôt que débloquer

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DALL·E 2025 01 26 11.26.08 An anatomical illustration of a nerve being pinched, with a modern and scientific aesthetic. The image highlights a nerve in vibrant colors (such as b

Manipulations = remise en place… On vous a peut-être déjà dit que vous aviez une vertèbre « bloquée », un nerf « coincé » ou un bassin « déplacé » et que des manipulations permettraient de « remettre tout ça en place ».

Ces formulations, bien que largement répandues, ne reposent pourtant sur aucune base anatomique ou scientifique solide. Les articulations vertébrales ne se « déboîtent » pas, les nerfs ne se « coincent » pas comme des câbles électriques, et le bassin ne se déplace pas à la manière d’un tiroir. En outre, si c’était le cas, les manipulations n’y pourraient rien du tout !

Alors pourquoi se sent-on souvent mieux après des manipulations articulaires ? Que se passe-t-il réellement dans notre système nerveux ?

👉 Dans cet article, nous allons explorer un mécanisme bien plus intéressant — et bien plus réel : la désensibilisation neuro-articulaire

🧠 1. La douleur articulaire n’est pas forcément liée à une lésion

Les structures périarticulaires (capsule, ligaments, synoviale) contiennent de nombreux mécanorécepteurs et nocicepteurs silencieux. Les premiers sont des récepteurs qui réagissent aux stimulations mécaniques comme la pression ou l’étirement. Les seconds sont des récepteurs qui véhiculent des réactions provoquées par des stimulus qui menacent l’intégrité de l’organisme comme une brûlure par exemple. Ces deux types de récepteurs peuvent :

  • S’activer sans destruction tissulaire (inflammation, immobilité, surcharge),
  • Entretenir un état de facilitation segmentaire (hyperréactivité locale de la moelle qui devient alors plus excitable),
  • Provoquer une douleur locale ou projetée (à distance donc), sans anomalie visible à l’imagerie.

👉 On parle de « dysfonction articulaire douloureuse sans lésion », ou « nociception sans pathologie structurale ».

Mais alors, d’où viennent les expressions de « vertèbre bloquée » ou encore de « bassin déplacé » ? Pour la plupart ce sont des héritages de l’ostéopathie.

Pourquoi ne tiennent-elles pas la route scientifiquement ?

  • Aucun déplacement observable à l’imagerie,
  • Aucune corrélation entre « bassin déplacé » et douleurs,
  • Vertèbres solidement maintenues ; pas de « luxation partielle » possible.

⚙️ 2. Les manipulations et mobilisations agissent via plusieurs voies

🔸 A. Stimulation des mécanorécepteurs (type I et II)

  • Capsule et ligaments stimulés en étirement rapide → activation des fibres Aβ (non nociceptives),
  • Cela produit une inhibition de la transmission nociceptive au niveau médullaire (théorie du « gate control » de Melzack & Wall, 1965),
  • Surtout efficace à faible intensité de douleur ou en phase aiguë fonctionnelle.

🔸 B. Inhibition pré- et post-synaptique de la nociception (niveau spinal)

  • L’input proprioceptif rapide module les interneurones de la corne dorsale de la moelle (locus de convergence sensorielle),
  • Cela diminue la transmission des messages des fibres C et Aδ (nociceptives lentes),
  • → Hypoalgésie segmentaire rapide (souvent dans les secondes à minutes).

🔸 C. Activation des systèmes de contrôle inhibiteurs diffus (CIDN)

  • Manipulations → activation des voies descendantes inhibitrices (surtout noradrénergiques et sérotoninergiques) : la douleur ne remonte pas jusqu’au cerveau où elle est conscientisée.
  • Origine : tronc cérébral (substance grise périaqueducale , locus cœruleus),
  • Modulation plus globale de la nociception, au-delà du segment manipulé.

👉 D’où l’observation de modulation de la douleur à distance après un thrust (manipulation avec impulsion) localisé.

🔸 D. Réorganisation sensorimotrice et plasticité

  • La douleur chronique ou la « dysfonction » prolongée modifient la carte corticale sensorimotrice,
  • La mobilisation articulaire active le cortex somatosensoriel et moteur, favorisant un « recalibrage proprioceptif »,
  • → Effets plus durables quand la manipulation est intégrée dans une approche active (mobilité, éveil corporel, etc.).
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🦴 3. Manipulations : et si ça craque ?

Le craquement que l’on peut entendre lors d’une manipulation vertébrale (en fait lors de n’importe quelle manipulation articulaire, comme lorsque l’on fait craquer ses doigts) ne correspond pas au bruit des os mais au bruit que fait le gaz contenu dans l’articulation lorsqu’il est libéré par la manipulation. En effet, lorsque deux segments osseux sont écartés de manière soudaine, cela modifie l’équilibre des pressions qui règnent à l’intérieur de l’articulation créant une dépression et un phénomène dit de cavitation. C’est cela qui fait le bruit et non vos os qui s’entrechoquent.

En outre, aucune corrélation n’a pu être démontrée entre le craquement et l’efficacité d’une manipulation. Cette dernière reste donc efficace en l’absence de bruit articulaire. Cependant, les études ont montré que les attentes que l’on peut avoir d’un traitement peuvent rendre ce traitement beaucoup plus efficace si ces dernières sont respectées. Par exemple, si vous n’aimez pas que cela craque et que l’on vous fait tout de même craquer il y a de fortes raisons de penser que la manipulation ne sera pas aussi efficace chez vous que chez quelqu’un qui, à l’inverse, veut que ça craque.

Cela fait partie des effets non spécifiques inhérents à tout traitement – si j’attends quelque chose mon cerveau se programme pour recevoir cette chose. Si je l’obtiens le cerveau est « content » et donc engendre toute une cascade de libération de molécules chimiques à l’origine d’une sensation de bien être (notre chimie interne). Inversement, si le cerveau n’obtient pas ce qu’il avait prévu d’obtenir là ce sont des molécules provoquant plutôt une sensation de mal-être (cortisol) qui seront libérées. Un bon thérapeute doit être au courant de cela et savoir maîtriser ces effets dits « contextuels » pour pouvoir vous soulager au mieux.

🟢 4. Que retenir des manipulations ?

Ce que cela change pour le thérapeute et le patient

  • Le praticien ne « remet pas en place », il stimule un système,
  • La manipulation devient un outil parmi d’autres dans une stratégie neurofonctionnelle,
  • Importance de l’approche active, progressive, éducative,
  • Respect du temps d’intégration neurologique, ne pas sur-multiplier les manipulations.

« Ce n’est pas parce que rien n’a été remis en place qu’il ne s’est rien passé. Bien au contraire. »

🔬 Études clés (pour aller plus loin) :

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